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Masra Succès, Premier Ministre de Transition : Revirement, ou réalisme politique?

Masra Succès, Premier Ministre de Transition : Revirement, ou réalisme politique?

03 janv. 2024 656 vues

Agé de 40 ans, économiste, ancien employé de la Banque Africaine de Développement (BAD) et leader politique de l’Opposition, Masra Succès a été nommé par un décret signé du Président tchadien de Transition, Mahamat Idriss Deby, le lundi, 01 janvier 2024, Premier Ministre de Transition. Le président du parti Les Transformateurs a-t-il, franchit un nouveau cap de sa politique ? Votre journal analyse cette question d’actualité avec le politologue tchadien Dr Evariste Ngarlem Toldet.

Masra Succès, Premier Ministre de Transition : Revirement, ou réalisme politique?

L'actualité l'oblige, en tant que politologue, dites-nous avec quelle loupe analysez-vous le tournant de l'histoire politique tchadienne ? Dr Masra Succès désormais de plein pied dans le Gouvernement de Transition, au poste de Premier Ministre. Une surprise ou une évidence selon vous ? Pour le politologue tchadien Dr Evariste Ngarlem Toldet, c’est une surprise tenant compte de sa déclaration selon laquelle, il disait de ne pas être venu pour être nommé par un décret. Selon encore l’analyste, Masra Succès visait la présidence et affirmait ne pas collaborer avec un régime dynastique et qu’il combattait dans tous ses discours. Cependant, le politologue réalise que c’est aussi une évidence en marge de l’accord de Kinshasa qu’il a paraphé. « Jusque-là, les dessous de cet accord n’étant pas dévoilés, il y avait beaucoup de non-dits, notamment sa promotion à la tête du gouvernement comme Premier Ministre. Rien ne doutait après Kinshasa qu’il puisse être Premier Ministre », relate-t-il. C’est qui doit arriver est arrivé dit l’enseignant Chercheur.Masra Succès a souvent répondu aux médias qu'il n'est pas fait pour le poste de Premier Ministre, serait-il un revirement politique ou un simple jeu démocratique ? Evariste Ngarlem Toldé répond qu’il est bien vrai que le revirement politique est une hypothèse mais c’est surtout du réalisme politique qui ne pouvait en être autrement.  « Masra Succès pensait qu’il n’allait jamais collaborer avec ce régime, lui qui a été considéré comme un farouche opposant irréductible mais voilà aujourd’hui, à côté du président de Transition qu’il va servir avec loyauté », signifie le politologue.De son avis, c’est un revirement à 180 degrés mais une erreur stratégique pour lui. En conséquence renchérit-il, d’ici l’élection présidentielle, il sera comptable de tout ce qui adviendra. Cela ne va pas etre facile car les enjeux et les défis sont nombreux, ajoute l’analyste politique. D’après lui, il serait difficile de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. « Même si c’est un calcul, cela ne l’amènera nulle part au risque de baisser les plumes d’ici la fin de cette troisième transition étant donné qu’il est le troisième premier ministre depuis la transition. Son choix a mécontenté ses propres partisans et ceux qui ont cru en lui sont un peu dessus », assure Evariste Ngarlem Toldet. Il doit beaucoup faire pour redonner la confiance à la population qui espère qu’avec le président ils feront tout pour s’entendre un tant soit peu avant que les démons de la division ne les séparent, insiste-t-il. L’universitaire clarifie que beaucoup espéraient que Masra Succès et Mahamat Deby puissent décider de travailler ensemble, un rajeunissement et un renouvellement des cadres. Le politologue poursuit son analyse en signifiant que le peuple tchadien peut aussi espérer que Mahamat Deby ne sera pas aussi candidat conformément aux résolutions du Conseil de Paix et Sécurité de l’Union Africaine, emportera non seulement Succès Masra avec lui mais aussi, Saleh Kebzabo et Pahimi Padacké Albert. « Imaginez-vous, une élection au Tchad sans Mara Succès, sans Saleh Kebzabo et sans Pahimi Albert, nous mène à une nouvelle ère au Tchad et il faut vraiment l’espérer », soutient-il. Masra transformera ou sera-t-il transformé ?Plus théoricien que praticien en milieu gouvernemental, le président des Transformateurs serait-il, en exploration de terrains ?  Dr Evariste répond que lui et bien d’autres sans nul doute, c’est un ralliement. « Masra Succès s’est rendu arme et bagage, on avait voulu le juger sur la configuration du gouvernement, mais il n’a que deux ministres et un secrétariat d’Etat. Autrement, il n’a pas pu s’imposer. Il parlait de la réduction du poste ministériel mais il n’a pas obtenu. Il ne peut pas réussir là ou beaucoup ont échoué, notamment Pahimi Padacké et puis Saleh Kebzabo », fustige l’analyste. Il estime pour sa part que c’est un système qui est en place, Masra Succès ne va pas vouloir s’essayer.

Son atterrissage aujourd’hui dans un système ne pourra rien changer, déclare-t-il.« D’ailleurs, c’est lui qu’on va changer, c’est lui qu’on va transformer et cela est inévitable. Il n’a pas de pouvoir, les postes régaliens sont attribués aux caciques du régime en place, les gens qui ne lui obéiront pas surtout le ministre des Finances qui ne répond qu’au chef de l’Etat », martèle le politologue. Décidément poursuit-il, dès cette configuration du gouvernement, tout le monde savait qu’il n’aura pas les moyens de sa politique, ce qui va l’obliger de coopérer et cogérer la transition. Avec le président ils vont se regarder en chien de faïence et la moindre étincelle deviendrait une grande flamme parce que cela va être un accrochage frontal à l’approche de l’élection présidentielle, avertit Dr Evariste.Rappelons que le nouveau locataire de la primature tchadienne Dr Masra Succès, économiste de formation, a fait aussi des études en sciences politiques. Il quitta la BAD en 2018 et fonde son parti les Transformateurs en même année. 37 ans, la constitution de la 4ème République de 2018 le disqualifie pour question d’âge requise à 45 ans. Son parti s’inscrit dans Wakit Tamma, un collectif des partis politiques de l’opposition et de la société civile. Il boycotte le Dialogue national indépendant et souverain (DNIS).Les appels à manifestation de son parti sont interdits et durement réprimés notamment, le jeudi 20 octobre 2022. Les autorités de transition notent une cinquantaine de morts, or, l’opposition tchadienne lui parle de plus de 300 tués. Grâce à la médiation de Kinshasa le, 31 octobre 2023, Masra Succès revient le 3 novembre 2023 au pays. Le mandat d’arrêt lancé contre lui, le 8 juin 2023 fut de facto levé. Il appelle au vote OUI et ses collègues de l’opposition le désapprouvent voire la loi d’amnistie générale civile et militaire relative aux manifestations du 20 octobre appelé jeudi noir.

Moyalbaye Nadjasna

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